- li yuanlong -

Publié le par nico-wong

Li Yuanlong (李元龙), journaliste au Bijie Ribao (毕节日报- Quotidien de Bijie), vient d'être condamné à deux ans de prison pour "incitation à la subversion de l'État" dans des articles qu'il avait publié, sous le nom de Ye Lang (夜狼 - Loup Nocturne), sur des sites Internet basés hors de Chine.

Roland, de EastSouthWestNorth, nous a traduit l'un de ces articles jugés subversifs : "Devenir un esprit américain" (在思想上加入美国国籍 - On becoming an American citizen in spirit).

Li Yuanlong y exprime son admiration pour les États-unis, un pays libre et démocratique qui respecte la liberté d'expression. En citant un essai écrit par un certain Jia Guobiao, il revient ensuite sur la Guerre de Corée et se demande si les Américains avaient gagné et libéré la Chine du régime communiste, le pays se serait-il développé comme le Japon, la Corée du Sud et Taiwan ? Deng Xiaoping n'aurait pas eu alors à entamer des réformes pour essayer de rattraper tout le retard accumulé. Cela est, évidemment, considéré comme de l'ingérence de la part des Américains qui n'ont pas à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Mais, dit Loup Nocturne, si je me mets à frapper ma femme chez moi et que la police arrive pour m'arrêter, n'est-ce pas là également une forme d'ingérence ?

Il continue en expliquant qu'être patriote ou pas n'est pas la question. En effet, les Japonais ont massacré des millions de Chinois pendant la Deuxième guerre mondiale et il est normal qu'on leur en veulent encore. Mais avant d'arriver au pouvoir, le Parti communiste chinois (PCC) s'était livré à une guerre civile contre le Guomindang et ça avait également fait des millions de victimes chinoises. Plus proche de nous, en 1989, le PCC a bien envoyé des tanks pour réprimer dans le sang un mouvement d'étudiants patriotes. Alors pourquoi est-ce qu'on leur pardonnerait ?

Il y a, selon lui, trois catégories de personnes qui "admirent" le PCC et son système politique. La première est constituée des membres du PCC qui tiennent les rênes du pouvoir et qui feront tout pour le garder. La seconde de personnes qui connaissent le côté obscur du PCC mais qui s'en accommode, au nom du profit qu'ils peuvent en tirer. Enfin, la dernière regroupe de ceux qui resteront esclaves du PCC à jamais, ceux qui, tout au long de leur vie, ont gobé la propagande et qui en ont fait leur vérité inaliénable.

Il nous raconte comment, à 18 ans, il a pris conscience des mensonges avec lesquels on lui a bourré le crâne depuis sa plus tendre enfance et nous décrit la honte qu'il ressent face au fait d'être chinois. Il regrette l'anti-américanisme dont font preuve ce qui sont tout de même ses compatriotes et écrit : "Je vis dans cette sombre nouvelle Chine et j'ai grandi sous ce drapeau rouge dégoûtant".

Il finit son article sur ce postsciptum :

"Je crois que le jour où les dictateurs du PCC chuteront arrivera bientôt.

Quand un Chinois a utilisé sa carabine pour abattre des oiseaux sur le campus de son université et a ainsi fait un trou par mégarde dans le drapeau rouge communiste, il a été condamné à 20 ans de prison. Aux États-Unis, brûler "publiquement" un drapeau américain dans la rue est perçu comme l'exercice des libertés d'expression et d'opinion, des droits garantis par la Constitution.

Le jour où je pourrais brûler le drapeau chinois sur la place Tiananmen sera le jour où la Chine communiste sera devenue une "Amérique" démocratique et prospère, un pays de rêve. Quand ce jour sera venu, je ferai publier une annonce dans les journaux pour annoncer que le Loup Nocturne, qui est amèrement devenu un "citoyen américain", est rentré au pays. Ses pensées et son âme n'auront plus besoin d'errer en exil dans un pays étranger !"

Petite précision : je ne suis pas forcément en accord avec les points de vue de Li Yuanlong. Je ne pense pas, par exemple, que les États-Unis soient ce paradis de liberté et cette démocratie de rêve tel qu'il est décrit. Mais foutre un mec en taule pour ça est, je trouve, totalement disproportionné.

Une pensée donc pour sa femme et ses enfants...
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article