- xiaoshan - 29 juillet -

Publié le par nico-wong

Le pasage à la modernité est associé, chez les sociologues, au "désenchantement du monde" (Max Weber), mais force est de constater que les religions ne sont pas prêts de disparaître. C'est d'autant plus vrai dans le contexte chinois où, après des années de répression - durant la Révolution culturelle notamment -, une politique de libéralisation depuis 1978 a rendu possible une résurgence du religieux dans toutes les classes de la société.

Depuis les années 50, chaque religion a son Église officielle, une association contrôlée par le Parti et dont la structure centralisée est calquée sur ce dernier. Mais leur autorité n'est pas reconnue par tout le monde et en ce qui concerne le catholicisme, il existe une multitude d'"églises familiales" (家庭教会) qui exercent dans la clandestinité. Certaines d'entre elles sont tolérées mais d'autres font l'objet d'une répression qui prouve que, même si la liberté de culte est inscrite dans la Constitution, celle-ci n'est respectée que dans le cadre des Églises officielles. Tout le reste est considéré comme illégal et cela ne se limite pas uniquement au Falungong. Les événements de Xiaoshan (萧山), le 29 juillet dernier, en est la triste illustration.

Ainsi, lors de la destruction de l'église protestante de Dangshan (党山) à Xiaoshan, près de Hangzhou dans le Zhejiang, une cinquantaine de fidèles ont été arrêtés. À ce moment-là, elle était en cours de reconstruction sur un terrain appartenant à un couple de protestants. Cette église avait été construite en 1921 et réquisitionnée à la Libération en 1949 pour servir d'hôpital. Mais les autorités auraient eu d'autres projets pour ce terrain et ont demandé à la communauté de cesser les travaux pendant 7 jours, le temps pour eux de leur trouver un autre emplacement. Deux terrains ont été proposés par les fidèles mais aucune autorisation ne leur a été délivrée. À la place, les autorités leur ont attribué un terrain totalement inapproprié pour la construction d'une église. Face à cette démonstration flagrante de mauvaise foi, les protestants ont décidé, dans la précipitation et sans autorisation, de continuer les travaux sur le site de départ.

Le 29 juillet, les autorités ont déployé un dispositif de 3 000 hommes et de 4 bulldozers pour raser l'édifice sous les yeux que quelques milliers de fidèles. Ces derniers ont été violemment dispersés, certains ont été blessés et 47 d'entre eux arrêtés lors de ces altercations avec les forces de l'ordre. Depuis, 20 environ ont été relaĉhés tandis que 5 d'entre ont reçu un mandat d'arrêt pour "interférences dans le travail de la police". Les autres sont toujours en détention sans être inculpés de quoique ce soit. Selon les personnes relâchés, les méthodes d'interrogatoire ont été particulièrement violentes et humiliantes, trois détenus souffrent actuellement de côtes cassées et les femmes arrêtées ont été forcées à se déshabiller.

Zan Aizong (昝爱宗), un journaliste converti au protestantisme, était présent ce jour-là et a publié sur Boxun plusieurs articles relatant les faits (et qui ont constitué mes sources principales pour ce post). Il a également adressé aux autorités une lettre ouverte au chef de la police de Hangzhou pour lui demander de faire la lumière sur cette affaire. Après avoir perdu son poste au sein de la rédaction du Haiyang Bao (海洋报), il a lui aussi été arrêté vendredi dernier.

Xiaoshan est une zone regroupant environ 100 000 protestants, c'est là que s'étaient installées nombre de missions chrétiennes au 19e siècle. Cette communauté refuse de reconnaître l'Église officielle, le Mouvement patriotique protestant triplement autonome de Chine (中国基督教三自爱国运动委员会), fondé en 1951, qui regroupe environ 15 millions d'adeptes. Les églises clandestines, quant à elles, en compteraient plus du double.
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