Le 8 juillet, je me rendais au collège 101 de Pékin pour y retrouver les collègues que j'avais laissés en
mai. Dans moins d'un mois, on accueillera près de 500 jeunes sélectionnés par 204 comités nationaux olympiques à travers le monde. On en est au stade des derniers préparatifs et tout se
précipite. À part moi, l'équipe de direction du camp olympique de la jeunesse comptait alors un seul francophone : le directeur adjoint M. Yang, un vieux monsieur très sympathique que j'avais
rencontré l'an dernier, un ancien diplomate qui procède toujours de manière particulièrement minitieuse et qui prend toujours le temps qu'il faut pour que les choses soient bien faites. Dans les
semaines qui allaient suivre, c'est sous sa direction que j'allais bosser même si pour lui, nous allions "travailler main dans la main".
Je n'avais même pas encore eu le temps d'installer mon ordinateur que les premiers documents à traduirearrivaient déjà sur mon bureau : les textes d'un album de timbre commémoratif. On y présente le camp, quelques site touristiques pékinois et certains
aspects de la culture locale tout en mettant l'accent sur l'amitié entre les peuples et la grandeur de la civilisation chinoise. Entre deux paragraphes, un coup de fil au Cameroun ou bien un
e-mail au chef de mission sénégalais. "Nous avez-vous bien retourné les formulaires dûment remplis ?", "Veuillez nous communiquer les dates d'arrivée et de départ de vos deux représentants..." À
midi, déjeuner à la cantine, la bouffe était infecte. Rien à voir avec le canard laqué de la cantine du siège du comité d'organisation (le BOCOG). Mais peu importe, il y avait une heure de volley
après. 10 ans que je n'y avais pas joué et je n'avais pas tout perdu.
À partir du 18 juillet, je ne rentrais plus dormir à la maison. Le lendemain matin, on devait préparer l'arrivée de plus de 200 volontaires, venus pour la plupart de l'université centrale des
ethnies. La formation commencait et le programme était très chargé. À 6h30 du matin, rassemblement sur le terrain de foot pour y faire trois tours de piste encadrés par des militaires
("bénévoles" eux aussi), formation en rang, puis la "marche des volontaires". J'ai essayé de me prêter au jeu les premiers jours, mais dur de me plier à ce genre de discipline, je fais mon vilain
petit canard et je m'en vais taper dans un ballon de foot.
Puis à partir de 8h30, après un petit déjeuner lors duquel je ne peux rien manger d'autre que du congee et des cacahuètes (la vue des autres
plats me donnant envie de gerber), cours d'anglais et de connaissances sur l'olympisme jusqu'à 22h, avec deux heures de pause à midi. Les profs sont payés 3000 yuans par jour et le mien est un
français qui parle anglais comme un vrai frenchie. Je leur aurais bien donné des cours d'anglais aussi pour ce salaire là, au moins j'aurais écrit "how are you" correctement au tableau et
j'aurais trouvé plus intéressant que de leur raconter ma vie. Je décide de sécher, et puis de toute façon, j'ai du travail : un guide de présentation et le réglement interieur à traduire.
"Interdit de fumer" ? Ah bon ?