- histoire de la bande dessinée chinoise, les lianhuanhua (2) -

Publié le par nico-wong

Le développement du lianhuanhua avant-guerre

Juste avant 1930, paraissent des lianhuanhua qui confirment l’évolution progressive de ces derniers vers un genre autonome. En effet, ils ne sont pas prisonniers de références à l’univers théâtral ou à une œuvre littéraire et sont les premières bandes dessinées de grande consommation. On peut notamment citer Monsieur Wang (王先生), bande dessinée créée par Ye Qianyu (叶浅予) qui, à travers son héros éponyme et son acolyte Xiao Chen (小陈), se moque férocement des défauts de la classe moyenne de Shanghai tout en décrivant la vie des petites gens. Elle est publiée à partir de 1929 dans le magazine Shanghai Manhua (上海漫画), le premier périodique chinois spécialisé dans le domaine qui se présente alors sous la forme d’un journal de huit pages (dont quatre pages de BD) au format tabloïd, imprimé en lithographie bicolore. Une autre série, Sanmao (三毛) de Zhang Leping (张乐平), publiée dès 1935, relate les aventures d’un enfant rieur et espiègle qui doit son nom aux trois mèches de cheveux qui ornent son crâne. Cette BD se distingue elle aussi par son originalité et son caractère comique.

 

Monsieur WangMonsieur Wang et Xiao Chen sous le charme


À côté de ces nouvelles séries, les adaptations de romans en bande dessinée se poursuivent, et face à l’engouement du public et à une demande croissante en la matière, les éditeurs élargissent le répertoire des adaptations en BD aux romans fantastiques et chevaleresques (wuxia xiaoshuo,
武侠小说), qui sont souvent adaptés au cinéma avant de l’être en BD et se voient même dans l’obligation d’inventer des suites aux récits connus. C’est ainsi qu’est publié par exemple Le petit Roman au bord de l’eau, contant les exploits des fils de chacun des cent huit héros d’Au bord de l’eau. L’écrivain Mao Dun (矛盾) décrit le spectacle des bouquinistes dans un article en 1932 et démontre que les lianhuanhua ont à cette époque quasiment supplanté toute autre forme de littérature sur les étals de ceux-ci.

D’autres écrivains et artistes, surtout ceux de gauche, prennent aussi conscience de la nécessité de développer de véritables formes d’art populaire, appropriés à une production de masse. C’est le cas de Lu Xun (鲁迅), qui contribue à faire connaître en Chine les histoires en images de graveurs sur bois européens, et de Qu Qiubai (瞿秋白), secrétaire général du PCC de 1927 à 1928, qui défend ardemment cette nouvelle forme d’expression artistique. Au cours des années 30, alors qu’on commence à trouver à Shanghai des bandes dessinées étrangères comme Flash Gordon ou Mickey, le genre se développe et s’enrichit, mais la mise en place d’une censure par le Guomindang réduit ce genre de BD à caractère politique à néant. Il faudra attendre l’entrée en guerre de la Chine contre le Japon en 1937, pour que celles-ci réapparaissent.

De l'occupation japonaise à la prise de pouvoir des communistes


La véritable histoire de Ah QDans le Shanghai occupé par les japonais et délaissé de ses meilleurs illustrateurs, dont beaucoup fuient à Canton ou à Hong-Kong, les bandes dessinées commerciales médiocres
dominent le marché. Seuls quelques artistes comme Feng Zikai (丰子恺) se détachent de cette platitude. En 1939, celui-ci adapte La véritable histoire de Ah Q (Q正传 - voir illustration), une nouvelle de Lu Xun. Zhao Hongben (赵宏本), pour sa part, illustre les biographies de Shi Kefa (史可法) et de Zheng Chenggong (郑成功), des héros nationaux ayant lutté contre l’envahisseur mandchou au XVIIe siècle. Ces œuvres sont bien entendu lourds de sens dans le contexte politique de l'époque. D’autres enfin, comme Ye Qianyu et Zhang Leping, fondent une équipe de propagande par la caricature et la BD, et suivent le repli des troupes gouvernementales vers Chongqing. Cela leur donne l’occasion d’organiser des expositions itinérantes qui, par le biais d’affiches, de caricatures et de bandes dessinées, décrivent par exemple les atrocités commises par les troupes japonaises, les moyens de se protéger des bombardements aériens et la nécessité d’un soutien accru à la lutte de libération nationale. Mais le Guomindang, qui se méfie des sympathies procommunistes de cette équipe, cesse de lui apporter son soutien en 1940. Cela entraîne certes sa disparition, mais les artistes qui la composaient restent néanmoins très actifs. La bande dessinée militante, anti-japonaise, éventuellement critique vis-à-vis du gouvernement quand elle parvient à déjouer la censure, demeure un des modes d'expression privilégiés de tous ces artistes.

Le temple du bouddha de ferAu cours de la guerre, ils sont rejoints par de nombreux autres artistes dans les zones libérées contrôlées par le Parti communiste chinois, où, tout en formant de jeunes graphistes, ils participent à l’éducation politique des populations de ces régions encore essentiellement rurales. En 1942, Mao Zedong insiste dans ses Interventions aux causeries sur l’art et la littérature à Yan’an sur l’importance de servir les masses en popularisant l’art. Dès lors, la publication des lianhuanhua dans ces zones s’intensifie encore, d’autant plus qu’elle est activement soutenue dans les unités militaires, et que leur diffusion est assurée par la mise en place des librairies Chine nouvelle (新华书店). La même année paraît une œuvre collective, Le temple du Bouddha de fer (铁佛寺 - voir image), qui prend pour trame l'assassinat d'un cadre du parti organisé par un notable local jouant double jeu. Réalisée en pleine situation de guérilla, cette BD prend valeur d'exemple du rôle formateur que doivent désormais jouer les lianhuanhua auprès de l'armée et de la population. Après la capitulation du Japon en 1945, à ces thèmes, chers à la propagande communiste qui met en relief le développement d’une conscience de classe chez les combattants et la nécessité de rééduquer les prisonniers, sont rajoutés celle de la dénonciation du gouvernement du Guomindang. De nouveaux héros, ouvriers, paysans et soldats remplacent alors ceux des séries traditionnelles.

Les illustrateurs qui avaient fui Shanghai retournent dans leur ville d’origine et se remettent rapidement à produire et à publier leurs œuvres. Le vagabondage de Sanmao (三毛流浪记), une nouvelle série avec le personnage de Zhang Leping, est publié à partir de 1947 dans le Dagongbao (大公报). Mais le ton de cette bande dessinée a changé : l’auteur, en présentant son personnage comme la victime d’une société matérialiste, souhaite dorénavant attirer l’opinion publique sur le sort des orphelins, livrés à eux-mêmes en période de troubles. D’autres artistes shanghaïens, comme Zhao Hongben, participent à la fondation de maisons d’édition de taille modeste, qui soutiennent les créations d’artistes progressistes dont le style se rapproche beaucoup de celui des lianhuanhua des zones libérées. Puis, après 1949, ces nouvelles bandes dessinées vont se généraliser quand le nouveau régime utilisera les bandes dessinées à des fins de propagande politique.

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Fabba 17/10/2009 18:01


Hi Nico!
ton article est tres interessant, j'ai choisi ce sujet pur ma thèse. Je vuodrais savoir si tu peux dit moi où tu as trouvé les textes à voir.S'il te plait, j'aurais besoin de ton aide pur la
bibliographie :)
Mon e-mail addresse c'est là.

A bientot,
Fabiola


Bédédazi 23/01/2008 08:42

Toujours aussi intéressant !Tu es un spécialiste de la BD chinoise ?

nico-wong 23/01/2008 09:30

non ^^ je m'y intéresse beaucoup et il se pourrait que j'ai été amené à faire des recherches sur ce sujet dans le cadre d'un travail universitaire =P